Partager l'article ! De la bonne gestion de l'urgence.: S’il y a une chose que j’ai comprise durant ces longues semaines de cerveau aux abonnés absents, de ruptu ...
JBDLS
ose toujours aime râle admire demande offre toi
ne regrette rien estime est en vie sourit séduit envie rêve désire ...

Le blog d'une blonde, chef de service pour...
Raconter, rire, pleurer du quotidien du travail social merdique, rude, désorganisé, éprouvant...
Aimer, me moquer, admirer, soufrir avec les miens et ceux qui m'entourent
Essayer, écrire, dessiner, raconter, rencontrer.
et lacher les chiens, déconner, fustiger pour mieux défouler !
Alice
Roman policier en cours d'écriture, enfilant les lieux communs du genre pour le plaisir d'écrire et par défis aussi ;-)
Allez ! siou plaît.....
S’il y a une chose que j’ai comprise durant ces longues semaines de cerveau aux abonnés absents, de rupture d’avec le quotidien et de forte inclinaison aux envies d’ailleurs, c’est que le secteur social était fondamentalement différent de tous les employeurs que j’avais pu draguer depuis quelques dizaines d’années.
Quoi, JBDLS, tu ne comptes pas te reconvertir dans la vente de pierres précieuses dans une bijouterie de grand luxe ou ton charme et ton élégance légendaire feraient des merveilles pour plumer des amants infidèles soulageant leur culpabilité dans des achats mirobolants…. Ben non !
Parce que « 6 mois d’absence de blog », ne veut pas dire 6 mois d’absence de boulot, de dossiers et de gestion de conflit, de management de personnel et de petite et grosses surprise, de faiblesse et de lâcheté, de contrainte et de réussite, d’accélération et … d’urgence….
Ahhh l’urgence…. Ce que le cheval est à Omar Charif, l’urgence est au secteur social… Sa grande passion !!!
Il faut dire que (attention, je vais utiliser des gros mots qui fâchent), le secteur social ne peut pas s’enorgueillir de fabriquer du profit, d’engranger des dividendes, de faire avancer la science ou de transformer l’humanité ! Alors comme il faut bien se raccrocher aux branches d’autre chose qu’au palmier de la plage de sable fin que nous arpentons, le secteur social s’est dévolu une mission de taille : répondre aux urgences.
Et comment, sans passer pour une Marine Lepen en socquette, fustiger ce concept ???
Bien sûr qu’il y a urgence à donner à manger aux SDF de la rue, à améliorer la qualité de vie des polyhandicapés moteurs, à trouver des familles aux abandonnés et à accueillir les réfugiés Syrien !
Mais là où le travailleur social fait preuve d’une souplesse exemplaire c’est dans la reconversion de la notion « d’urgence » comme élément fondamental de sa mission. Ainsi tout devient urgence dans nos services.
Toutes demandes, toute velléité de contrôle ou de demande d’explication étant vécues comme une agression importante Répondre à ces demandes se fait donc immanquablement dans un sentiment d’urgence proche de la panique !
Dieu que me suis-je rongé le foie avec cette notion d’urgence pendant des années. Légèrement du style « stressée de la feuille » et passablement angoissée certainement, je bondissais d’une réponse à une autre, maudissant l’absence de ce quatrième bras qui m’aurait été tellement utile.
Je jonglais ainsi avec les dossiers avec une dextérité qui m’aurait valu un prix au festival de Cirque de Monaco (au fait vous savez que bientôt le prince Albert et…. Rrrroooo j’avoue j’achète Gala en cachette maintenant que je ne suis plus abonnée)….
Et puis, quand le cerveau s’arrête, quand l’à côté prend le dessus sur le tout de suite ici, arrive le jour tant redouté de l’échec à répondre à l’urgence.
« Le dossier Bleu » posé sournoisement sur votre bureau par le boss, avec un post’it "Urgent" au fluo posé dessus.
Et l’échéance qui arrive, qui s’approche d’abord sournoisement, puis à grand pas, pour être tout à coup juste derrière vous avec pour une fois le sentiment, la certitude que l’on ne va pas y arriver.
Et ce moment douloureux où l’on ferme les yeux, prêt à attendre la fin du monde, préparé à entendre le vacarme de Lucifer, les explosions de planètes dignes d’un blocbuster…. Et…. Et…. Rien…… Ensuite le silence.
Premier échec à répondre à l’échéance, toujours une urgence….
J’ai réouvert les yeux le lendemain prête à monter à l’échafaud, le col de la chemise déjà arraché pour mieux sentir le souffle de la guillotine sur mon cou…
Et il ne s’est rien passé.
Le directeur est passé à côté de mon bureau me saluant d’un jovial bonjour plein d’entrain, les collègues sont arrivés, la machine à café a ronronné. Culpabilisée à outrance, j’avais prévenu de mon incapacité à répondre à l’échéance qui s’était transformée en urgence…
Urgence pour moi seule en fait. Et le lendemain, l’obligation était déjà oubliée de tous…
Et sur mon bureau un nouveau dossier avait été déposé. Vert cette fois, et le directeur est passé, a entrebâillé la porte de mon bureau et m’a dit, « Dites JBDLS, vous jetterez un œil sur le dossier Machin, parce que là je pense qu’il y a urgence ! ».
Des coms ho oui ho oui !